Le
troisième jour, poursuivant la quête de mes visions
charnelles indécises, je longeais la côte à marée
basse pour profiter de l’éclairage de fin d’après-midi.
Je n’avais toujours pas récupéré de
lunettes et je me déplaçais doucement dans un paysage
inconsistant et truffé de pièges. Un peu avant la
pointe du « Goudoul », une faille de roche se métamorphose
en passage entre deux masses rebondies de granit ouvrant sur une
place protégée en plein air face au large. Je connaissais
l’endroit mais pas sous cet angle inconsistant. Je photographiais
et me lançais dans le goulet comme un enfant retrouvant
le ventre de sa mère. Surprise ! Maman était là,
sous l’apparence d’une belle blonde nordique, entièrement
nue, le corps sur-lissé par ma vue défaillante. Maman
sirène semblait lire une revue, allongée sur le ventre,
les fesses aux vents.
Elle leva la tête, dit un « bonne jour » chantonnant et replongea
dans sa lecture. J’étais un peu médusé, seul avec
une femme nue aux formes déifiées par le manque de netteté,
sur une plate-forme rocheuse de trois mètres carré, un appareil
photo jetable à la main et les yeux vitreux. J’étais conscient
que je pouvais inspirer un doute. J’ai dit au revoir et j’ai fait
demi-tour doucement, à reculons. Comme elle ne relevait pas la tête,
j’ai fait une photo avec le discret et silencieux jetable. « Clic »,
juste pour la lumière jaune de la fin d’après-midi. |