Emergeant
du jus provocateur, je tenais toujours le Nikon sablé,
algué et salé à satiété. La
douleur et la colère contenue m’aveuglaient, la
plage et ces occupants flottaient dans l’inconsistance
du ciel et de la réverbération du sable. Je compris
dans la seconde que la vague venait d’emporter mes lunettes,
avec mes verres progressifs à 1500 balles pièce.
Je hurlais jusqu’à vider l’air de mes poumons
pour dégager la rage et l’amertume qui menaçaient
de me faire imploser. À ce moment précis, si j’eusse été l’armateur
d’un super tanker bourré à craquer de déchets
toxiques, je l’aurai échoué sans remord pour
pétrifier ces stupides animaux marins qui transforment
votre première journée de congés en une
expérience extrême de survie. Je sentais ma femme
et les garçons gênés de si peu de tenue dans
cette attaque, étrange à leurs yeux, qui me submergeait.
Pendant que mon épouse me guidait vers nos serviettes,
dans la brume qui m’encerclait, je l’informais de
l’ampleur de l’incident. Elle a écouté gentiment,
a respiré profondément, toussé un peu et
brusquement, et, à mon grand désarroi, elle se
déchira de rire sur la plage, se transformant en épileptique
crisante, roulant dans le sable en hoquetant. Son hilarité démente était
un de ses fous rires dont elle épice la vie au gré de
sa fantaisie. Elle ne s’arrêtait plus. Une fois passé l’envie
de l’étrangler, j’ai communié, dans
une liesse mi figue mi-raisins, sur l’autel du comique
de la situation. Je me détendais…
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