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ACTE 5 FICHE n° 01

" La fête des mères » ou « ma mère est une sainte et mon père est un Dieu "

< 01 >

J’ai encore oublié la fête des mères, celle de ma mère qui me connaît comme elle m’a fait, mais surtout celle de ma femme. C’est en l’entendant téléphoner à sa maman et lui dire bonne fête maman, que j’ai pris conscience du danger. Même les enfants n’avaient rien mijoté à l’école. Ça fait longtemps que les instits ne se foulent plus. Avec toutes les familles reconstituées c’est trop hasardeux de faire une « Éloge de la maman ».
Je me suis habillé et j’ai filé hors de la maison en quatrième vitesse.
Il me fallait au moins des fleurs. Je pouvais même faire grande classe en glissant un ticket de loto mensuel dans les roses blanches.
J’ai commencé par le Bar des Sports, le LOTO PMU, Pierrot clopait, les coudes sur le comptoir, regardant son reflet dans le miroir, entre les bouteilles. Il était triste comme chaque jour de fête des mères depuis que sa femme s’est tirée avec les enfants et le boulanger. Le pain du « Super U », c’est pas pareil. Je suis resté lui remonter un peu le moral et on a bu quelques tournées de Ricard.
« À la santé de toutes ces salopes ! » qu’il gueulait quand je me suis souvenu que je devais acheter des fleurs.
À 13h10, ce PD de fleuriste avait fermé. Un dimanche de fête des mères faut vraiment pas avoir envie de bosser. Je pouvais pas revenir avec rien à la maison, je suis retourné au PMU pour acheter deux tickets de LOTO.
L’énorme patron du PMU s’appliquait à virer hargneusement Pierrot du bistrot. Les claques résonnaient dans la chaleur dominicale comme des cloches en basse.
J’ai su après que Pierrot avait traité la femme du Bougnat de grosse pute. Elle lui avait fait ouïr que la source de Ricard était tarie pour cause de fermeture, à l’occasion de la fête des mères.
J’ai entrepris de séparer le gros lard, de Pierrot et dans l’entreprise, j’ai réceptionné un pain de deux livres dans la tronche.
Sans tenir compte du goût de sang dans ma bouche et du scintillement des étoiles, j’ai illico renvoyé un coup de boule à l'irréprochable du débit de boisson. Et PAF ! Il l’a mangé en plein dans le pif, ce qui l’a assis sur le trottoir, les larmes aux yeux et du rouge plein sa « pue la sueur » de chemise. J’ai relevé Pierrot et on s’est tiré vite fait pendant que la grosse pute meuglait « à l’assassin » dans la rue quasi déserte.
Pour se remettre on a fait deux ou trois crémeries encore ouvertes un dimanche de fête…
Je me suis récupéré devant chez moi vers 22h, sans le billet de Loto, mais avec un gros bouquet de fleurs de saison cueilli sur le rond-point où ma voiture s’est garée.
Je cherchais mes clefs en montant les marches du perron de ma maison, lorsque j’ai basculé en arrière. Bing ! Sur la tête. C'est la vodka qui fait parfois cet effet-là…
…J’ai rouvert les yeux pour endiguer les baffes qui pleuvaient sur ma génération. Deux flics en uniforme faisaient contre jour avec la lune : « T’en tient une bonne, hein mon salaud ! »
Ma femme, debout dans l’entrebâillement de la porte, expliquait au troisième keuf qu’elle ignorait qui j'incarnais et que c ‘était bien la première fois qu’elle m’apercevait dans le quartier. J’ai tenté de me rétablir pour prouver mon identité en montrant mes papiers.
Avant que je ne puisse placer un mot, l’effet de la position verticale et l’attraction terrestre sur les divers liquides ingurgités engendrèrent un phénomène inverse de rejet.
Le chef récolta la sauce sur le blouson, le pantalon et les pompes, je m’accrochais à son épaule pour ne pas m’étaler. Il ne goûta pas du tout la rigolade entre ma femme et ses sous fifres. Son coup de matraque en pleine poitrine me renvoya dans les bégonias.
J’ai retrouvé Pierrot qui dormait déjà dans la cage du commissariat.
Faut pas que je m’attende à grand chose pour la fête des pères…