ESCAPADE
Au début, il m’a réjouie et même émue
avec sa jalousie infantile et fiévreuse.
Aujourd’hui la triste authenticité de sa connerie se confond
avec la triste réalité de ma vie.
J’ai quitté mon travail de vendeuse chez Bricomaison pour
lui : «
Trop de mecs à tourner autour de toi » m’expliqua-t-il
doucement, comme on dialogue avec un enfant.
C’est comme cela qu’il m’a draguée d’ailleurs. « Tu
es fragile. Je te protègerai mon ange, tu ne manqueras de rien.
Tu ne vois pas le mal arriver ».
Et lui, il voyait des mâles partout. Pauvre imbécile
!
Nous nous sommes mariés un mois après.
J’ai accepté de jouer « courtisane », mais
je n’ai jamais accepté de jouer « femme au foyer ».
Ma liberté d’action le torturait quotidiennement.
Sa jalousie prit un tour nouveau le jour où, avant de partir
travailler, il m’attacha avec une chaîne au radiateur.
J’ai cru
qu’Histoire d’O lui avait donné des idées.
Je n’étais pas contre un jeu érotique, mais cela
dure depuis sept semaines.
Il m’installa même l’ordinateur près du radiateur
pour que je puisse surfer sur Internet en l’attendant. Là,
il a fait une très grosse connerie.
Il y a une vingtaine de jours, avec sa signature électronique,
j’ai déclenché le rachat immédiat de son
PEA vers le compte commun. Il ne s’en occupe jamais, on lui a
dit qu’il valait mieux ne pas y toucher pendant huit années à cause
des impôts.
«
C’est pour notre futur mon cœur ».
C’est ça mon con ! Une retraite bien paisible au coin
du radiateur.
À
33 ans, ça fait fantasmer.
Rêves !
Plus d’un million, il y avait sur le PEA ! Merci le CAC !
Depuis hier, tout est transféré sur un compte que j’ai
ouvert à New York sans qu’il n’ait rien vu circuler.
Avant ce soir, je serai là-bas, je prends tout et voles ma belle
! Disparue ! Il n’est pas près de me retrouver. Ce n’est
pas son cinéma de gros niais « jaloux-macho» qui
va ronger ma vie. J’ai eu sept semaines pour apprendre à me
libérer des chaînes.
J’attends d’entendre claquer la porte de l’entrée
et F.W.J.* !
*Fuck Wildly Jealous !
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