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ACTE 4 FICHE n° 03

Semaine 03

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BAISER
Mon premier baiser me fut offert par une fille que je ne connaissais pas, à l’occasion d’un jeu improvisé, une après-midi d’été pluvieuse. Le garage de la maison d’été d’une copine servait d’abri à l’ennui du monde adulte.
J’avais quinze ans, elle en avait seize.
Nous n’avions ni elle ni moi envie de l’autre, mais nous restions les derniers non-inscrits au concours du baiser le plus long.
Tout le monde au départ… C’est parti pour la « first» grande expérience bucco juvénile !
« Hey Jude » des Beatles, un slow rétro des années soixante-dix posait l’ambiance. Plus de sept minutes de sirop sonore, sucré et collant.
Nouvelle et étrange découverte de sa langue caressant la mienne.
Elle l’avait râpeuse, mais vive et curieuse*. Sa bouche était chaude, presque brûlante avec un arrière-goût de menthe. Les filles sont sucrées.
Cette sensation d’effervescence du sang qu’un jeu de langues arrive
à faire naître est mortelle. Une extase de chez « m & m’s ». Le bas du visage luisant de salive, des étincelles biochimiques parcouraient mon corps à la recherche d’une sortie vers l’entrejambe.
Mes mains s’enhardissaient, les bouts de mes doigts cherchaient à lire les derniers secrets de ses vêtements d’été. « Hey Jude » n’était plus qu’un bruit de fond. Aucun sentiment de longueur, une communication intemporelle, un flottement de particules.
Les yeux fermés, afin de permettre aux autres sens d’augmenter la perception du plaisir, l’envie d’étreintes plus poussées naissait et s’installait avec la montée du désir malgré la crainte de l’inconnu.
À un millionième de millionième de millimètre du non-retour, la musique s’est arrêtée. La sécheresse des applaudissements s’est frayé un passage dans la brume enchantée de nos cerveaux avec autant de tact que la sonnerie du réveil les matins de contrôle de Maths. J’ai ouvert les yeux pour voir les autres en cercle autour de nous.
Nous sommes sortis ensemble quelques jours, un peu par obligation, mais sans aller plus loin. La fièvre était tombée et nous n’avons jamais rattrapé la fureur exaltée du premier baiser.
*Ce ne sera que quelques expériences estivales plus tard, que je comprendrai que les langues ont bien des consistances et des caractères variés.